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Ce
colloque organisé par M. Jacques LEGENDRE, sénateur,
président de la sous-commission du patrimoine culturel
et par la Délégation française à
l'Assemblée parlementaire du conseil de l'Europe,
a été ouvert par un message de M. Jacques
CHIRAC, Président de la République et par
une allocution du Président Abdou DIOUF.
Il a rassemblé au Sénat, conservateurs, collectionneurs,
représentants des services de douanes et de police
européens avec des spécialistes africains,
notamment de l'Université Senghor d'Alexandrie et
de l'Ecole du patrimoine africain de Porto Novo.
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LA
PROTECTION DES BIENS CULTURELS AFRICAINS
"La situation
actuelle et les problèmes principaux"
Contribution
de M. Mahamoudou OUEDRAOGO,
Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme
du Burkina Faso
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M.
Mahamoudou Ouédraogo transmet au Président
Diouf l'admiration du Président Compaoré pour
sa personne et son action à la tête de l' O.I.F.,
et remercie M. le sénateur Legendre de lui donner
l'occasion de débattre de la protection du patrimoine
africain.
" Les sociétés anciennes ont toujours
conçu des objets chargés de symboliques. Dans
celles qui sont restées proches de leurs traditions,
en Afrique, en Amérique ou en Océanie, l'objet,
jusqu'à récemment, n'avait pas de valeur monétaire;
il représentait une force, une puissance capable
d'influer sur le destin de l'individu ou de la communauté.
En Occident, l'esthétique et la qualité artistique
l'ont progressivement emporté sur la sacralité.
Avec les progrès de la navigation, dès le
XVème siècle, les Européens partent
à la découverte du monde et reviennent des
continents visités avec nombre toujours plus important
d'oeuvres d'art, étant entendu que les oeuvres d'art
ont de tout temps voyagé du fait des pillages consécutifs
aux guerres et des échanges de présents.
L'arrivée des Européens provoque un choc des
civilisations et des conceptions artistiques. En Afrique,
en Amérique ou en Asie, l'oeuvre d'art a d'abord
une fonction spirituelle et religieuse; sacrée, elle
n'est la propriété de personne et ne peut
être vendue. Avec le pillage systématique,
les peuples de ces continents sont dépossédés
d'objets rituels et cultuels importants. Le pillage v s'intensifier
pendant la période coloniale, pour combler le désir
d'exotisme des populations européennes. Militaires,
fonctionnaires de l'administration coloniale, civils, chercheurs,
forts de leur pouvoir et de leurs privilèges, s'en
donnent à coeur joie. Les objets arrachés
de force aux communautés autochtones sont désacralisées,
parce que soustraits à leur contexte originel; beaucoup
arrivent en Europe sans information sur leur origine, leur
fonction ou leur créateur.
Se constituent rapidement hors d'Afrique d'importantes collections
d'oeuvres d'art de toutes tailles et de tous usages au profit
de particuliers, dont elles font la fortune, ou de muées
spécialisés dans les arts dit "nègres"
ou "premiers" - Musée de l'Homme à
Paris, British Muséum à Londres ou Musée
royal de Tervuren en Belgique. L'indépendance de
la plupart des Etats africains, dans les années 1960,
n'a pas mis fin au traffic illicite; celui-ci s'est au contraire
développé, grâce aux profits qui en
sont tirés vers de nouveaux débouchés.
Les complices africains, conscients ou inconscients, du
traffic appartiennent à tous les milieux. Les acteurs
professionnels sont ces "anticaires" sans foi
ni loi qui, installés dans les grands centres urbains,
sillonnent les villages à la recherche d'oeuvres
dont commandes leur ont été passées.
Ils s'appuient sur des relais locaux, le plsu souvent des
jeunes désoeuvrés appartenant aux familles
dépositaires ou gardiennes desobjets sacrés,
qu'il corrompent pour peu d'argent. Plus grave, on compte
parmi les participants au traffic des fonctionnaires muséaux
qu'appâtent le gain et sa facilité.
Il faut compter aussi avec les acteurs informels, tous ceux
qui contribuent de façon occasionnelle au traffic:
membres des familles dépositaires des objets ou individus
et personnalités qui offrent des pièces patrimoniales
à des amis ou homologues étrangers.
Les acteurs non Africains du traffic sont d'abord des collectionneurs
et des musées privés qui passent commande
sur le terrain et ne sont arrêtés par aucune
considération morale; il faut aussi noter la présence
d'aventuriers devenus archéologues de circonstance,
qui fouillent les sites africains avant d'exporter leurs
découvertes au mépris des législations
nationales - certes imparfaites - et internationales.
Les oeuvres d'art authentiques, anciennes et/ou sacrées,
sont les plus prisées par les trafiquants; il s'agit
de masques rituels, de statuettes ou figurines cultuelles,
de sculptures, d'attributs traditionnels du pouvoir.
Trois célèbres cas de vol ont été
signalés au Burkina Faso ces dernières années:
la statuette de la fécondité des Kurumba Mamio,
retrouvée finalement en Allemagne après un
passage au Pays-Bas, dont une fête de quatre jours
entiers a célébré la restitution ;
le masque Pog-Néré de Tigundamba, retrouvé
lui aussi, grâce à Interpol; et le masque-papillon
Bobo, toujours porté disparu. Le problème
le plus grave aujourd'hui, est celui des fouilles clandestines
dont sont victimes de nombreuses ethnies. De véritables
réseaux de pillage se sont organisés avec
la complicité de certaines populations autochtones.
Un bien culturel volé est une âme perdue. Il
importe de mettre en place des stratégies pour lutter
contre un traffic aux conséquences morales et sociales
dévastatrices. L'UNESCO, l'ICCROM, l'ICIM, des ONG
de nombreuses conférences internationales ont déja
tiré la sonnette d''alarme et fait des recommandations.
Il importe d'améliorer la législation et de
renforcer les capacités des administrations chargées
de la faire respecter; promouvoir une meilleure collaboration
avec Interpol; élaborer des politiques d'information;
d'éducation et de recherche afin de sensibiliser
les populations et les décideurs à l'importance
du patrimoine culturel; inventorier, documenter et gérer
avec rigueur le patrimoine culturel; renforcer enfin le
contrôle de la circulation des biens culturels.
Le Burkina Faso a ratifié les trois principaux instruments
internationaux de lutte contre le traffic des biens culturels:
les Conventions de La Haye, de l'UNESCO, et Unidroit. Mais
les règles internationales doivent être appliquées
plus strictement pour produire leur plein effet. Il est
nécessaire que l'Union européenne, le Conseil
de l'Europe et toutes les organisations supranationales
se mettent de la partie. La culture est le substrat du développement;
sans elle, le monde va vers une globalisation déshumanisée."
*
Le Livre blanc sur la culture.
- Mahamoudou OUEDRAOGO.
- Ouagadougou : Imprimerie spéciale, 2002
* Internet et le Burkina : utopies
et réalités - Mahamoudou OUEDRAOGO.
-Paris : Harmattan, 2001 |
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