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"Il
faut procéder à un travail d'éducation
et de formation pour permettre aux Africains d'aller
vers les autres, de donner et de s'enrichir sans
se dénaturer"
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Certains
évènement historiques majeurs du continent
ont amené les peuples africains et leurs dirigeants
à prendre conscience de l’importance du fait
culturel dans l’affirmation de leur identité
: la traite négrière, la colonisation, la
lutte pour les indépendances.
Ces
contextes de luttes émancipatrices ne pouvaient que
favoriser une forte définition culturelle identitaire
à opposer à la culture occidentale déjà
hégémonique avec sa vision condescendante
des cultures africaines ;
Cette
réaction africaine, purement identitaire n’a
pas engendré une confrontation culturelle, mieux,
elle a eu des incidences sur l’art occidental qui
s’est enrichi d’apports africains, citons le
blues et le jazz, l’influence de la statuaire africaine
sur la peinture abstraite du début du XXe siècle,
le mouvement de la négritude en littérature.
Après
les indépendances, cette aspiration légitime
des peuples africains à vivre leurs cultures sera
relayée et encouragée par les Nations Unies,
en particulier par l’UNESCO qui prônera l’importance
et l’égalité de toutes les cultures
du monde avec la nécessité et la liberté
de les sauvegarder, de les promouvoir et de développer,
en matière de culture, une coopération internationale.
Les Etats africains, à travers les luttes d’indépendances,
la Charte de l’OUA, le manifeste culturel panafricain
d’Alger de 1969 et la Charte culturelle de l’Afrique,
affirment leur adhésion à cette vision et
entreprennent de valoriser, sauvegarder et promouvoir leurs
propres cultures perçues comme l’âme
et l’identité de tout peuple. Depuis, les Etats
africains ont toujours eu à cœur d’affirmer
leur culture. Cette entreprise a toujours été
menée selon la vision, les aspirations et les capacités
financières de chaque Etat.
L’action
de promotion de la culture en Afrique se traduit par le
développement d’infrastructures culturelles,
la mise en place de structures de formation, la création
d’un environnement favorable au financement du secteur
et l’implantation d’industries comme celles
du livre, du cinéma, des arts du spectacle et de
la discographie… Une coopération interafricaine
et internationale a été promue dans le but
de permettre la circulation des créateurs et leurs
œuvres. Les questions relatives à la protection
des auteurs et des œuvres de l’esprit et des
langues nationales ont toujours été au centre
des préoccupations de tous les pays africains.
Nous
pouvons aussi mentionner les festivals, les manifestations
culturelles touchant à la littérature, aux
arts plastiques, au cinéma qui rassemblent, sur le
sol africain, artistes et hommes de culture africains qui
fraternisent avec leurs confrères et les populations
locales. Autant d’actions qui montrent que l’Afrique,
à sa manière et dans la limite de ses possibilités,
prend en compte la culture comme un facteur de développement
et comme élément d’identité et
d’unité nationale.
Ce
rappel historique sur la prise de conscience du fait culturel
africain étant fait, nous ne pouvons que constater
que le discours et la critique sur les cultures et les arts
africains sont dominés par les médias du Nord
qui, évidemment, ne peuvent éviter une lecture
plus ou moins ethnocentrique. Cette situation est certainement
liée à la situation économique et sociale
de la plupart des Etats africains. La presse africaine est
relativement récente et ses priorités ne se
portent pas sur les arts et la culture.
Comme
le soulignait le critique d’art, Stéphane Eliard,
auteur d’un ouvrage sur l’art contemporain burkinabé
« il n’existe pas de structures, (presse
ou université, par exemple) productrices de discours
critiques et théoriques », et il existe
un réel problème de légitimation et
de jugement sur les cultures africaines. Constatons avec
lui que « ce déficit textuel est une des
causes principales de l’enclavement culturel ».
Cependant la situation n’est pas aussi désespérée
qu’on pourrait le croire. L’essor des nouvelles
technologies de l’information et de la communication
(NTIC) dans un monde devenu un village planétaire
devrait permettre rapidement aux Africains de maîtriser
leur communication internationale.
«
Nul ne peut vivre refermé sur lui-même. La
culture est vivante et évolue dans le temps et l’espace
».
Mon
Département a ouvert un site Internet qui héberge
des expositions artistiques virtuelles et propose des textes
critiques d’universitaires et chercheurs Burkinabé.
Dans ce domaine aussi, nous sommes encore en retard, mais,
fort heureusement, les mécanismes de la coopération
internationale nous aident à réduire cette
fracture numérique.
Certes,
la communication est encore dominée par les médias
du Nord, mais il faut relever l’évolution de
leurs discours, aujourd’hui plus conforme à
la déontologie. Les questions politiques ou humanitaires,
aussi difficile soient-elles, sont abordées avec
le souci d’information plus juste, plus objective.
Ces médias du Nord, largement diffusés en
Afrique, nous inondent des productions occidentales, qui
ne sont pas toujours les meilleures. Certains de ces produits
audiovisuels sont en contradiction avec notre vision du
monde, entraînant parfois une acculturation et une
extraversion de la jeunesse, mais nous entrons là
dans le vaste débat actuel sur la diversité
culturelle.
Il
faut cependant reconnaître que nul ne peut vivre refermé
sur lui-même. La culture est vivante, elle évolue
dans le temps et l’espace. Les règles actuelles
du commerce international ne s’encombrent pas de frontières.
A nous d’identifier ce qui est bon pour nous afin
d’opérer les synthèses les plus bénéfiques
qui préserveront l’âme africaine en chacun
de nous. Il nous faut pour cela mener un travail éducatif
de sensibilisation et de formation des populations, de la
jeunesse en particulier afin d’inculquer les valeurs
culturelles africaines essentielles. Il nous faut permettre
aux Africains d’aujourd’hui d’aller vers
les autres, de donner et de s’enrichir sans se dénaturer.
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