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Internet : Monsieur
le Ministre, quelles sont les implications directes de l'Etat
et de votre administration sur la politique culturelle du
pays ?
M. Mahamoudou Ouédraogo :
Le gouvernement agit dans le domaine culturel par des actions
d'orientations politiques, des aides financières
et un accompagnement de type management.
Depuis l'Indépendance de notre pays, la culture a
toujours été affaire de l'Etat. La culture
est l'âme d'un peuple et le politique a vite appréhendé
qu'elle pouvait être un instrument de conscientisation
inégalable pour permettre à chaque citoyen
d'être en phase avec son âme, son identité.
D'ou cet investissement concret et permanent de l'Etat et
de tout le politique dans la vie culturelle du Burkina Faso.
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Toute mondialisation qui ignorerait le facteur culturel
serait une mondialisation sans âme. La prise
en compte de la dimension culturelle est de plus en
plus nécessaire pour humaniser les relations
sociales dans ce monde en mouvement. C'est elle qui
nous rappelle en permanence que l'économie,
l'argent, le profit égoïste ne sont pas
et ne font tout dans le monde. Il faut l'accepter
comme un fait positif..., et l'accepter humainement....
La Culture est le sel de la vie, et c'est en ayant
conscience de cela que nous pouvons envisager et préfigurer
en mieux la société, la civilisation
de demain... " |
S.I.
: Le développement d'un Etat est de plus en
plus identifié à sa croissance économique.
Quelle est la place de la culture dans ce contexte ?
M.O
: La place de la culture est importante, non seulement au
Burkina Faso mais aussi dans les autres pays du monde. Aujourd'hui,
elle a une une fonction incontournable dans le développement
économique, ce qui a amené l'émergence
de nouvelles disciplines. Ainsi, parle t on, à l'heure
actuelle, d''Economie de la culture?. C'est une discipline
qui étudie les inter-relations entre la culture et
l'économie. Ces inter-relations sont très
dynamiques, la culture influence l'économie et vice-versa.
La culture est devenu un paramètre clé dans
le développement de nos pays. Aux Etats-Unis d'Amérique,
par exemple, la culture, de façon globale, représente
25 % du P.N.B, ce qui est extraordinaire!.
Certes l'économie culturelle a atteint dans ces pays
le stade industriel. Nous qui sommes, en Afrique, à
un stade encore pré-industriel, nous devons réunir
tous les éléments du puzzle. Nous oeuvrons
pour atteindre cette "masse critique" qui nous
permettra d'entrer dans la sphère industrielle. Mais
il nous faudra maintenir ce qui fait la spécificité
de la culture burkinabè. Tout ne peut pas et ne doit
pas être commercialisé ou commercialisable.
Reconnaissons toutefois qu'il y a déja des retombées
économiques tangibles liées au secteur culturel
de notre pays et c'est tant mieux pour les acteurs, les
artistes, les hommes et les femmes de culture . Citons par
exemple notre patrimoine culturel traditionnel qui représente
près de 80% de notre potentiel touristique. Citons
aussi, dans un volet plus moderne de la culture, l'influence
du FESPACO sur l'économie touristique. S'il est exact
qu'on vit de culture, on doit également vivre de
sa culture et de ses produits culturels.
S.I.
Selon vous qu'est-ce qui symbolise le mieux la culture au
Burkina Faso ?
M.O : Pour ma part, les mots-clé
de la culture au Burkina Faso sont: " Permanence et
Rupture ".
Permanence dans le fait que le peuple burkinabè se
reconnait et s'identifie à ses pratiques et à
ses caractères culturels traditionnels. Et malgré
toutes les vicissitudes historiques souhaitons qu'il en
soit ainsi dans le siècle à venir.
Rupture, c'est la capacité d'un peuple à s'arrimer
à l'esprit de l'époque. Chaque époque
charrie ses idées-forces et les peuples qui n'arrivent
pas à s'adapter sont balayés par le vent de
l'histoire. Ce sont donc à la fois la Permanence
et la Rupture qui symbolisent la culture burkinabè
comme une culture dynamique, originale, qui est repérable
du premier coup d'œil et qui s'adapte au temps qui
passe.
S.I.
Quel bilan pouvez-vous établir des activités
menées par le M.C.A.T ces dernières années
?
M.O : J'ai toujours estimé les bilans partiels
et partiaux. Partiels car on ne peut pas réellement
tout relater et partiaux car on fait toujours un choix qui
a tendance, parfois de façon involontaire, à
mettre en avant un secteur artistique au détriment
d'un autre. C'est la raison pour laquelle je me résume
toujours en disant que le bilan est celui de tous les acteurs
de la scène culturelle.
La culture dans notre pays a deux ressorts fondamentaux
: l'Etat qui en a fait sa colonne vertébrale et qui
supporte à bout de bras de grandes manifestations
comme la S.N.C ou le FESPACO et le secteur privé
, encore émergeant, mais qui se bat inlassablement,
développant toujours plus d'initiatives nouvelles.
C'est certainement l'aspect le plus caractéristique
et positif de l'évolution du secteur culturel au
Burkina Faso. La part de l'initiative privée doit
encore se développer, car l'Etat ne peut aujourd'hui
tout prendre à sa charge. C'est pour cela que mon
administration propose des mesures incitatives comme une
loi sur le mécénat et qu'elle aide les acteurs
culturels à mieux s'organiser: statut de l'artiste,
organisation du BBDA (Bureau Bburkinabè du droit
d'auteur) ect ....
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Internet est le pont entre hier et aujourd'hui mais
en même temps la passerelle entre aujourd'hui
et demain..., on est ébloui par le potentiel
extraordinaire et les possibilités de changements
qu'offrent les N.T.I.C*... " |
S.I.
Pourquoi un service Internet dans votre ministère
?
M.O
: Internet est le pont entre hier et aujourd'hui mais en
même temps la passerelle entre aujourd'hui et demain.
On est ébloui par le potentiel extraordinaire et
les possibilités de changements qu'offrent ces nouvelles
technologies de l'information et de la communication (NTIC).
Internet est une passerelle pour demain en ce sens qu'il
ne suffit pas seulement d'avoir les outils du net, mais
de savoir aussi ce que l'on veut en faire. Dans le village
planétaire d'aujourd'hui, le Web est devenu le principal
"Tam Tam" et l'Afrique doit participer à
cet échange d'information et de connaissances. A
l'heure actuelle, l'offre africaine sur Internet ne représente
qu'un pour cent (1%). Pour expliquer ce retard, nous ne
pouvons pas nous réfugier eternellement derrière
des considérations économiques: si nous voulons
"recevoir" par le net, il faut aussi, que nous
africains, sachions "donner".Tous ceux qui ne
veulent plus relever du "précambrien" mais
être du moderne, sont obligés de se mettre
à l'heure du Web.
Nous
sommes dans un ministère que l'on dit toujours en
mouvement. Alors pensez-vous que nous pouvons bouger positivement
sans l'Internet ? La réponse est évidemment
non. Aussi lorsqu'on a des gens comme vous autour de cet
outil, qui se battent avec passion, il est du devoir des
premiers responsables du Ministère de vous appuyer
et de vous encourager.
S.I.
Quelle politique le Burkina Faso entend t-il mener dans
le contexte de la mondialisation pour préserver les
différentes cultures nationales ?
M.O
:Nous avons en chantier un colloque international sur les
cultures burkinabè face à la mondialisation.
Cela pour avoir le point de vue de tous les Burkinabè,
de tous les hommes de culture et de science du monde entier.
Point de vue sur les cultures burkinabè et leur devenir,
mais aussi les cultures africaines face à la mondialisation.
Il est évident que les cultures burkinabè
font partie du patrimoine culturel africain. Ce colloque
devrait clarifier nos positions sur le phénomène
de la mondialisation. Mais notre point de vue qui est aussi
celui du gouvernement est clair : " Toute mondialisation
qui mettrait de côté la culture est une mondialisation
sans visage humain. La prise en compte de la dimension culturelle
est nécessaire pour humaniser les relations sociales
dans le monde. Elle nous enseigne en permanence que l'économie,
l'argent, le profit égoïste ne sont pas tout
dans le monde. Il faut accepter cela, l'accepter humainement.
Elle est le sel de la vie. Et c'est en ayant conscience
de cela que nous pouvons envisager et préfigurer
au mieux la société, la civilisation de demain...
".
Toujours dans le registre de la préservation de notre
patrimoine culturel vivant, nous avons organisé récemment
un forum sur les langues nationales, car la protection et
la promotion des langues nationales est une contribution
importante à la construction de notre nation fondée
sur les principes de la démocratie et de la diversité
culturelle. L'UNESCO a trés bien analysée
le phénomène et considère aujourd'hui
que les langues en voie de disparition font partie intégrante
du patrimoine de l'humanité et pour assurer leur
survie, elles peuvent maintenant être inscrites sur
la liste du patrimoine mondial.
Pour
en revenir à la diversité culturelle, ce n'est
pas qu'une simple question de mode ou d'actualité.
C'est un problême qui nous préocupe tous, tant
les simples citoyens que les pouvoirs publics, même
si la prise de conscience africaine est récente.
Je me permettrais de terminer cet entretien sur ce sujet
avec cette citation d'un de nos grands précurseurs,
André Malraux, qui avait déja en son temps
préssenti ce phénomène de la mondialisation
et du danger qu'il représentait pour la diversité
culturelle.:
" Il n'y a pas, il ne peut pas y
avoir, une civilisation mondiale au sens absolu que l'on
donne souvent à ce terme, puisque la civilisation
implique la coexistence des cultures offrant entre elle
le maximum de diversité, et consiste même en
cette coexistence. La civilisation mondiale ne saurait être
autre chose que la coalition, à l'échelle
mondiale, de cultures préservant chacune leur originalité"
*
Le Livre blanc sur la culture.
- Mahamoudou OUEDRAOGO.
- Ouagadougou : Imprimerie spéciale, 2002
* Internet et le Burkina : utopies
et réalités - Mahamoudou OUEDRAOGO.
-Paris : Harmattan, 2001 |
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