Ouaga
est une ville d'avenues qui se croisent. A chaque rond-point,
ou presque, se lève une statue. Les Ouagalais aiment
ériger des monuments pour célébrer
les simples beautés de la vie ou des évènements.
Le
monument du sportif
Le
monument du sportif se situe au rond-point de la Jeunesse
et des Sports. Il fut inauguré en 1998 à l'occasion
de la Coupe d'Afrique des Nations, évènement
qui rassembla seize pays, l'élite footbalistique
du continent. Le monument réunit quatre sportifs
en bronze, plus grands que nature, posés sur un socle
de béton couvert de carreaux blancs. Il est l'oeuvre
de membres de la célèbre famille de bronziers,
les Dermé. Un jardin circulaire entoure le socle
; ses massifs dessinent des branches d'étoile en
référence à celle qui orne le drapeau
burkinabè. Au premier niveau du socle, pédale
un cycliste immobile, le visage crispé par l'effort,
la visière de la casquette rabattue sur la nuque.
Ce champion au dossard 23 évoque peut-être
une ancienne gloire du cyclisme national comme Zongo Sayouba,
Ouedraogo Maxime, Longman anglais ou Longman français
(sobriquets donnés à deux vedettes burkinabè
d'après la nationalité de leurs vélos).
A l'étage supérieur, un basquetteur met le
ballon, non pas dans le panier mais dans le trophée
décoré de losanges, signes sacrés dans
la culotte mossi. Un athlète agenouillé brandit
le drapeau du pays. Le footballeur au dossard 9 jongle avec
le ballon. S'agit-il d'Ousmane Sanou ou de Seydou Traoré
? Les paris sont ouverts. En 1998, le Burkina a créé
la surprise en terminant à la quatrième place
de la Coupe. De joie, les mamans distribuaient oranges et
arachides au lieu de les vendre. Un milliardaire offrait
des billets d'entrée au stade aux supporters déshérités.
Vive Burkina !
La
bataille du rail
Le
flambeau de la révolution
Dans
les années 84-85, l'Etat burkinabé décida
de construire une voie ferrée reliant Ouaga
à Kaya : cent kilomètres ! Une entreprise
pour laquelle le peuple s'enflamma. Paysans, fonctionnaires,
étudiants, élèves, garçons
et filles, tous furent appelés à participer
à ce projet d'intérêt national.
C'était au lendemain de la Révolution
de 1983 et le pays vibrait d'un élan populaire
pour le développement. La statue en bronze
de l'artiste Nikema Ali, place de la Bataille du rail,
immortalise cette campagne de «volontariat organisé».
Sur un socle carrelé, le héros de ce
combat avance entre des rails, une traverse posée
sur l'épaule. il porte un short et une tunique
usée, une gourde attachée à la
ceinture, une masse dans la main gauche et une clé
à molette dans la poche. il semble animé
d'un courage qui l'emmène droit à Kaya.
Certes, aujourd'hui le train ne roule pas à
grande vitesse sur cette ligne, car les rails n'ont
pas été posés par des spécialistes,
mais qu'importe, il arrive deux fois par semaine à
Kaya. Cela nous rend fiers.
Sur
la place d'armes, rien ne bouge. Règne un grand
vide solennel. Aucune âme ne peut franchir le
cordon continu qui sépare le trafic intense
du sanctuaire dédié à la Révolution.
Ce fut autrefois l'emplacement du grand marché
avant son installation à Rood Woko. Une flamme
de béton quasi olympique brûle au sommet
d'une colonne de marbre. une fresque peinte, à
la base du monument, montre un militaire, une femme,
un paysan, tous une houe à la main, prêts
à cultiver la terre du pays et à la
faire fructifier. Le ciel est orange et flambe d'espoir.
Tout
près, dans le jardin de l'Amitié Ouaga-Loudun,
galope à même le sol la statue en bronze
d'un dromadaire furieux. il blatère et son
maître, un méhariste, veut le frapper.
Quelques détails vestimentaires permettent
d'identifier un Bella du Burkina ou du Niger, plutôt
qu'un Touareg du Mali. il a troqué le désert
pour le jardin et campe devant les tables des consommateurs
ébahis.
Le
méhariste
L'enfant
et l'aveugle
Princesse
Yennenga
Au
carrefour de la Patte d'Oie, un monument commémore
la campagne de lutte contre la "cécité
des rivières". Cette maladie sévissait
dans les vallées arrosées par les fleuves,
comme le Mouhoun, l'ex Volta noire. Dans les villages
de ces régions humides et fertiles, une grande
proportion d'adultes perdait la vue. Dans les années
1970, un vaste programme fut lancé contre ce
fléau. Il s'achève à l'orée
du XXIè siècle avec l'éradication
du mal. Sur un socle de pierre, un enfant guide un
aveugle à l'aide d'un bâton au milieu
du trafic continu. Ce couple en bronze rappelle la
souffrance des victimes. Le garçon au crâne
rasé porte un short et un maillot ; le vieux,
son père peut-être, est vêtu d'une
tunique non cousue, ouverte sur les côtés,
tellement aérée qu'en mooré,
on la nomme "ne protège pas les côtes".
Sa culotte bouffante entre les jambes est appellée
"aide moi à attraper mon poulet",
car en se baissant, elle forme écran
Au
terme de l'avenue Yennenga, au bord du square Yennenga,
se dresse telle une apparition la statue de l'héroïne
nationale, la princesse Yennenga, mère de Ouédraogo,
fondateur de l'empire mossi. Cette femme exceptionnelle
faisait la guerre, combattait comme un homme, montait
à cheval comme personne. Pour une fois, elle
n'est pas représentée sur sa monture
mais debout, le corps tendu, prête à
lâcher sa lance, tenant un arc dans sa main
gauche. elle est habillée en guerrier, la tenue
parsemée d'amulettes et de cauris, affichant
ses pouvoirs. elle chausse des babouches jaunes démesurées.
La sculpture de deux mètres n'est pas en bronze
comme souvent, mais en béton peint. Yennenga
a la bouche ouverte, les yeux fixés sur son
objectif. On a l'impression que la statue va crier.
"La bouche est le carquois des femmes."
Le proverbe veut que la parole des femmes sorte acérée
comme des pointes de flèches. 9a tombe bien,
Yennega en a six en bois dans son carquois.
La
verseuse d'eau
L'offrande
de l'eau
Plus
délicate, une fine statue de bronze rend
hommage à la paysanne mossi. Elle arrose
des plants d'arachide, place des Nations Unies,
devant la station Total, mécène de
cette création. La jeune femme, gracieusement
penchée, verse le contenu de son canari dans
un bassin d'eau. Un modeste pagne noué à
la taille, ses pieds et torse nus, sa coiffure nattée
guéda guembila, un bracelet de bronze
et son collier, traduisent l'humble élégance
de cette épouse de la terre.
La
place Naaba Koom, devant la gare, porte le nom de
l'arrière grand-père du Mogho Naaba
actuel, un empereur qui avait choisi pour devise
«Que l'eau abonde pour tous». Il repose
ainsi que sa femme au centre de la place, sous la
masse d'une statue métallique de 6 mètres
de haut représentant une femme mossi stylisée
offrant l'eau de bienvenue à un hôte
invisible.
Assurément l'artiste, Hippolyte ouedraogo,
a voulu illustrer la devise du Naaba par cette offrande
d'eau aux voyageurs sortant de la gare.
Prosternée, la femme au foulard rouge imprimé
de dessins d'hirondelles tend une calebasse : une
vieille tradition d'hospitalité traitée
de manière résolument moderne.
A cette liste, il convient d'ajouter les bobines géantes
de la place des Cinéastes, l'effigie de Yennenga,
la princesse amazone, caracolant au jardin du maire, l'imposante
statue de maternité du bar Zaka, les gardiens de
bronze du marché Rood Woko, l'évocation de
l'an 2000 près de l'aéroport et d'autres projets
à venir. Ouaga, ville monumentale !