LOIS ET REGLEMENTS
Décret N° 2005-353/PRES/PM/MCAT portant adoption de la politique culturelle du Burkina Faso


visa du C.F. n° 04766 /01-06-05

LE PRESIDENT DU FASO, PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

VU la Constitution ;
VU le décret n°2002-204/PRES du 06 juin 2002, portant nomination du Premier Ministre ;
VU le décret n°2004-003/PRES/PM du 17 janvier 2004, portant remaniement du Gouvernement du Burkina Faso ;
VU le décret n°2002-255/PRES/PM du 18 juillet 2002, portant attributions des membres du Gouvernement ;
VU le décret n° 2002-354/PRES/PM/MCAT du 12 septembre 2002 portant organisation du Ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme ;

Sur rapport du Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme ;

Le conseil des Ministres en sa séance du 11 mai 2005

D E C R E T E

Article 1 : Est adoptée la politique culturelle du Burkina Faso dont le texte est joint en annexe au présent décret.

Article 2: Le présent décret abroge toutes dispositions antérieures contraires.

Article 3 : Le Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme est chargé de l’exécution du présent décret qui sera publié au Journal officiel du Faso.

Ouagadougou, le 29 juin 2005

Blaise COMPAORE

Le Premier Ministre: Paramanga Ernest YONLI

Le Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme: Mahamoudou OUEDRAOGO


MINISTERE DE LA CULTURE, DES ARTS ET DU TOURISME
Unité -Progrès-Justice

POLITIQUE CULTURELLE DU BURKINA FASO


Table des matières

Préambule

Introduction
1. Orientations générales
2. Organisation et gestion de l'action culturelle
3. Inventaire, conservation et valorisation du patrimoine culturel
4. soutien à la création
5. Education et formation artistiques et culturelles
6. Promotion culturelle
7. Financement de la culture
8. Environnement Juridique
9. Recherche
10. Langues nationales
11. Coopération culturelle
Conclusion


PREAMBULE

L’UNESCO définit la politique culturelle comme un ensemble de pratiques sociales, conscientes et délibérées, d’interventions ou de non-interventions ayant pour objet de satisfaire certains besoins culturels par l’emploi optimal de toutes les ressources matérielles et humaines dont une société dispose au moment considéré.
La politique culturelle du Burkina Faso est le fruit de nombreuses années de réflexion sur la culture et ses enjeux dans la perspective du développement économique, social et culturel durable du pays, notamment :

- le séminaire de réflexion sur l’action culturelle, 1974 ;
- le séminaire international sur l’information, 1984 ;
- le séminaire national sur la culture, Matourkou, 1985 ;
- le séminaire sur la Semaine Nationale de la Culture, 1993 ;
- quel FESPACO pour demain, 1993 ;
- les journées de réflexion sur la musique burkinabé, 1997 ;
- le forum national sur la culture, 1997 ;
- les états généraux du cinéma burkinabé, Ouagadougou, 1997 ;
- l’atelier de relecture des textes de la Semaine Nationale de la Culture, 1997 ;
- les séminaires sur le statut de l’artiste au Burkina Faso,2001 et 2004 ;
- le plan d’action pour la culture, 2002 ;
- la loi d’orientation du cinéma et de l’audiovisuel au Burkina Faso, 2004 ;
- le forum national sur les langues nationales,2004 ;
- le projet de loi d’orientation de la culture, 2004.

Cette politique culturelle du Burkina Faso s’inspire largement des dispositions relatives à la diversité culturelle et à l’exercice des droits culturels figurant dans les instruments internationaux adoptés par l’Unesco, notamment :

- l’accord de Florence, 1950 ;
- la convention universelle sur les droits d’auteur, 1952 ;
- la déclaration des principes de la coopération internationale, 1966 ;
- la convention sur l’importation, l’exportation et le transfert illicite de biens culturels, 1970 ;
- la convention sur le patrimoine mondial, culturel et naturel, 1972 ;
- la déclaration de la Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles en Afrique, 1975 ;
- le protocole de Nairobi, 1976 ;
- la déclaration de l’Unesco sur la race et les préjugés raciaux, 1978 ;
- la recommandation relative à la condition de travail de l’artiste, 1980 ;
- la recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire, 1989.

Durant la période 1960 à 1970, la vie artistique et culturelle au Burkina Faso est animée par de très nombreuses associations scolaires, universitaires, ethniques et culturelles. Avec la création de l’Organisation de l’Unité africaine en 1963 et les recommandations de l’Unesco et de l’Institut culturel africain en 1971, le pays se dote d’un ministère chargé de la Culture.

Dans les années 1980, le Conseil National de la Révolution utilise la culture comme un puissant facteur de mobilisation nationale et une arme de combat pour l’avènement d’une société démocratique et populaire. La création d’un ministère plein de la culture, de la Semaine Nationale de la Culture et les réflexions menées à l’échelle nationale sur la culture en sont des illustrations.

L’avènement de la IVème République se traduisant par un retour à un environnement démocratique et à un Etat de droit a permis d’insérer la culture dans les programmes gouvernementaux. Identité culturelle et développement économique en constituent les lignes directrices.

Cette période est marquée par un rayonnement remarquable de la culture burkinabé et de nombreuses concertations à vaste échelle sur les arts et la culture.

La Constitution adoptée en 1991, en son article 7, stipule : « la liberté de croyance, de non-croyance, de conscience, d’opinion religieuse, philosophique, d’exercice de culte, la liberté de réunion, la pratique de la coutume ainsi que la liberté de cortège et de manifestation sont garanties par la présente constitution, sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public des bonnes mœurs et de la personne humaine. »

La politique culturelle doit accompagner le peuple burkinabé dans sa volonté de respecter, de préserver, d’exploiter et d’utiliser son héritage et son patrimoine culturels pour bâtir une communauté unie, vivante et prospère soudée sur une identité nationale et ouverte aux valeurs universelles.

INTRODUCTION

Le Burkina Faso compte plus de soixante groupes ethniques dont les valeurs et les organisations sociales constituent un héritage national. Chacun de ces groupes ethniques rassemblés par l’histoire se caractérise par une langue, des traits culturels, des traditions, des valeurs et des normes diversifiées, appelés à se compléter en vue de l’édification d’un peuple et d’une nation commune. La diversité ethnique est le creuset de la culture burkinabé. Elle construit l’identité des individus et fonde le sentiment d’appartenance nationale.

L’espace culturel du Burkina Faso s’étend au-delà de l’espace géographique et touche les communautés burkinabé vivant à l’intérieur et à l’extérieur du Burkina Faso. La présente politique culturelle concerne l’ensemble de cet espace.

A l’heure des défis de la mondialisation et de l’essor des technologies de l’information et de la communication, la capacité des Etats à promouvoir les cultures nationales est de plus en plus remise en question par la logique du profit. Cette logique semble dominante au sein de certaines organisations internationales qui considèrent les produits culturels comme de simples marchandises.

Conscient qu’aucun développement durable n’est possible sans un ancrage culturel approprié, le peuple burkinabé entend fonder l’avenir de la nation sur les valeurs et les réalités endogènes.

La présente politique culturelle capitalise tous les acquis de l’histoire ancienne et récente du pays. Elle prend également en compte les besoins émergents du secteur culturel.

Le Burkina Faso, pays de diversité culturelle, a su depuis toujours faire cohabiter une action culturelle publique à caractère étatique et des initiatives privées pour assurer la promotion de la culture. Cette vision positive a fait éclore et s’épanouir des manifestations culturelles qui, aujourd’hui, figurent parmi les plus importantes et les plus populaires du continent africain. Ainsi, on peut citer :
- le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou ( FESPACO ) ;
- la Semaine Nationale de la Culture ( SNC ) ;
- le Festival International du Théâtre pour le Développement ( FITD ) ;
- le Festival International du Théâtre et des Marionnettes de Ouagadougou ( FITMO ) ;
- le Symposium de sculpture sur granit de Laongo ;
- la Foire Internationale du Livre de Ouagadougou ( FILO ) ;
- le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO ) ;
- les Nuits Atypiques de Koudougou ( NAK ) ;
- le festival international de musique « Jazz à Ouaga » ;
- le Salon International du Tourisme et de l’Hôtellerie de Ouagadougou ( SITHO).

A ces grandes rencontres internationales s’ajoutent plus d’une centaine d’autres manifestations culturelles qui, chaque année, rythment la vie culturelle au Burkina Faso.

Cette politique culturelle a pour ambition d’insérer la culture burkinabé au cœur de tout programme de développement, de toute action politique, sociale et économique parce que la culture est un facteur déterminant du développement.

L’organisation et la gestion de l’action culturelle restent une préoccupation majeure de cette politique qui ne peut être mise en œuvre sans la participation de toutes les composantes de la société burkinabé, des secteurs publics et privés et de tous les citoyens.

Le patrimoine culturel et naturel burkinabè témoigne de la riche diversité culturelle résultant de la cohabitation pacifique d’une soixantaine d’identités et de cultures ethniques. Il exprime les expériences et les aspirations profondes du peuple burkinabè. Sa connaissance et son étude sont les vecteurs du dialogue entre les cultures. La nécessité de l’inventorier pour mieux le préserver, le valoriser et le transmettre aux générations futures s’impose.

Valoriser le patrimoine culturel national implique aussi la dynamisation de la création artistique, afin d’adapter et d’intégrer les réalités contemporaines. Cela nécessite un soutien aux détenteurs, aux artistes et aux créateurs.

La préservation du patrimoine culturel et naturel commande la mise en œuvre de programmes d’éducation et de formation qui doivent se faire au triple plan : formel, non-formel et professionnel.

L’éducation culturelle ne peut résoudre à elle seule le problème de préservation et de valorisation de la culture. Il s’avère indispensable que des circuits d’animation et de diffusion soient développés.

Le développement des industries culturelles a pour conséquence de faire croire que les biens culturels sont des produits marchands soumis aux lois de la libre concurrence.

La politique culturelle du Burkina Faso considère que les biens et services culturels sont porteurs d’identité, de valeurs et de sens pour les peuples qui les produisent et les consomment. Par conséquent, ils ne doivent en aucun cas être traités comme de simples marchandises de consommation.

La protection du patrimoine culturel et naturel et des intérêts des détenteurs, des créateurs et des artistes ne peut se concevoir sans un environnement juridique adéquat, définissant les droits et devoirs de chaque citoyen par rapport à la culture.

La politique culturelle crée un environnement juridique approprié qui définit pour chaque secteur de la culture le cadre législatif et réglementaire favorable à son épanouissement.

La recherche culturelle et artistique doit être mise en avant et occuper une place prépondérante dans la perspective d’un développement humain durable.

La politique culturelle du Burkina Faso prend en compte l’ouverture vers les autres peuples à travers la coopération culturelle, les échanges culturels interafricains et internationaux, sources d’enrichissement mutuel et gages de solidarité.

Elle s’élabore autour de l’organisation et de la gestion de l’administration culturelle, à travers l’inventaire, la conservation et la valorisation du patrimoine culturel national, l’aide à la création, l’éducation et la formation artistique, la promotion, la recherche, l’environnement juridique et la coopération culturelle.

1. Orientations générales

1. La Conférence mondiale sur les politiques culturelles (MONDIACULT, Mexico, 1982) organisée par l’UNESCO, définit la culture comme étant l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe tous les arts, les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.

La culture est dans sa plus large acception, l’ensemble des réponses de l’Homme pour s’adapter à son environnement naturel. Elle tend donc à son perfectionnement. Cette définition, reprise dans les conclusions de la Commission mondiale de la culture et du développement (Notre diversité créatrice, 1995) et de la Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement (Stockholm, 1998), est à la base de la politique culturelle du Burkina Faso.

2. Toutefois, la culture des peuples intègre des valeurs accumulées au cours de leur évolution en fonction de l’environnement géographique, historique et des mouvements migratoires.

L’histoire de l’humanité enseigne que depuis son apparition sur la terre, l’homme n’a cessé de se déplacer dans l’espace géographique à la recherche de sa nourriture ou poussé par des nécessités climatiques et environnementales. L’Afrique, berceau de l’humanité, est une terre de constante migration. Ces mouvements et ces brassages sont à l’origine de la constitution de grandes entités politiques avant l’ère coloniale.

A l’instar des autres pays du continent, l’histoire du peuplement du Burkina Faso montre comment à partir du XIIème siècle, différents flux migratoires ont permis à diverses ethnies d’occuper le territoire aux côtés de peuples d’installation plus ancienne. Cette diversité est source d’enrichissement culturel et la politique culturelle du Burkina Faso s’appuie sur cette diversité.

3. Le Burkina Faso, pays à cheval entre la tradition et la modernité, se doit de conjuguer harmonieusement les valeurs positives de ces deux réalités.

4. Les cultures traditionnelles et modernes se transmettent principalement par les rites, l’oralité et les gestes quotidiens, l’écriture, les images et les technologies en matière de communication et d’information.

5. La culture touche toutes les activités de la société et, par conséquent, elle influence et guide l’action des populations et de l’Etat. Elle peut, dans certaines conditions, libérer de l’ignorance, de la pauvreté et de l’asservissement.

6. La culture est le creuset de la création artistique dans lequel tout créateur puise son inspiration. C’est pourquoi la politique culturelle, s’appuyant sur la Constitution du Burkina Faso et la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, vise à défendre la liberté d’expression artistique.

7. La culture doit assurer la cohésion sociale par son dynamisme et son ouverture. Elle participe au développement de la nation.

8. Le Burkina Faso est une terre de croyances où se côtoient des pratiques et dogmes issus de l’animisme et des religions révélées. La tolérance religieuse présente dans les cultures des burkinabé doit être préservée et développée.

9. La politique culturelle du Burkina Faso est laïque. Elle doit veiller à garantir la liberté et l’exercice des cultes dans le respect des droits humains fondamentaux et des libertés individuelles.

10. La politique culturelle du Burkina Faso, qui se fonde sur les valeurs culturelles ethniques originelles, doit s’ouvrir à la culture des autres peuples dans un esprit d’enrichissement et de partage. Elle doit contribuer à l’enrichissement du patrimoine culturel universel.

11. La politique culturelle du Burkina Faso prend en compte les réalités contemporaines relatives aux questions de recherche scientifique, de tourisme, de culture scientifique et de coopération culturelle.

2. Organisation et gestion de l’action culturelle

12. L’élaboration et l’adoption d’une politique culturelle relèvent des missions régaliennes de l’Etat. Sa mise en œuvre dépend, d’une part, du dynamisme des structures existantes ou à créer dans le secteur public et dans le secteur privé et d’autre part, d’une bonne coordination des programmes d’action prenant en compte la décentralisation et la déconcentration.

13. Les principes administratifs et opérationnels ainsi que les moyens financiers de la politique culturelle du Burkina Faso relèvent de la responsabilité de l’Etat. Un certain nombre de services centraux, décentralisés, déconcentrés et rattachés du ministère sont chargés de leur mise en oeuvre.

14. Les domaines couverts par l’administration culturelle sont :
- le patrimoine culturel ;
- le livre ;
- les arts du spectacle ;
- le cinéma et l’audiovisuel ;
- les arts plastiques et l’artisanat d’art ;
- la promotion culturelle ;
- la protection des artistes ;
- la formation artistique et culturelle ;
- la coopération culturelle ;
- la réglementation et la législation culturelle ;
- le financement de la culture ;
- la recherche ;
- etc.

15. Il est envisagé la mise en place du Conseil National de la Culture : structure mixte et interdisciplinaire chargée de mener une réflexion sur la vie culturelle nationale. Elle regroupe le ministère chargé de la culture, les autres secteurs ministériels concernés, les collectivités territoriales et les acteurs culturels privés.

16. Partie prenante de la vie culturelle et artistique, la société civile notamment les trésors humains vivants, les associations et structures culturelles privées des domaines du cinéma, de la danse, du théâtre, de la littérature etc., interviennent dans la réalisation de la politique culturelle. L’Etat doit établir et renforcer un partenariat actif avec toutes ces structures.

17. Dans le souci de parvenir à une décentralisation réelle de l’administration culturelle, l’Etat doit mener des actions concertées avec les collectivités locales, les structures déconcentrées du ministère, les organismes non-gouvernementaux et les personnes physiques ou morales, de nationalité burkinabé ou étrangère.

La coordination assurée par le ministère chargé de la culture se fait par le biais du contrôle hiérarchique pour les structures centrales et déconcentrées, la tutelle technique pour les structures décentralisées et la concertation pour les organismes non - étatiques.

3. Inventaire, conservation et valorisation du patrimoine culturel

18. Le patrimoine culturel s’entend des pratiques et des représentations ainsi que des savoirs, savoir-faire, langues, instruments, objets, artéfacts et espaces qui leur sont nécessairement associés et qui sont reconnus par les communautés et les individus comme faisant partie de leur patrimoine culturel.

Le but de la conservation de ce patrimoine culturel n’est pas de rendre la culture statique et réservée aux spécialistes, mais de la préserver d’une disparition éventuelle, pouvant conduire à l’instabilité sociale et à la désorientation culturelle.

La politique culturelle du Burkina Faso met un accent particulier sur la protection, l’amélioration du cadre juridique, l’inventaire, la conservation du patrimoine culturel dans toutes ses composantes. La valorisation du patrimoine matériel et immatériel de la nation se fera à travers :
- la poursuite de la recherche et de l’inventaire des sites et monuments ;
- la conservation et la valorisation de l’architecture traditionnelle ;
- l’inventaire des œuvres artistiques et littéraires créées au Burkina Faso ou par des burkinabé ;
- la collecte, la conservation et la diffusion des objets-témoins du patrimoine national par voie d’expositions, de catalogages et dans les musées ;
- la collecte et le traitement des données significatives de la tradition orale burkinabé ;
- la transcription méthodique de toutes les langues nationales à des fins de conservation mais aussi d’alphabétisation et d’enseignement et leur utilisation dans les actes publics ;
- la négociation des accords nécessaires au rapatriement des biens culturels détenus par des collectionneurs privés, des pays étrangers notamment les anciennes puissances coloniales, les pays voisins et institutions dont le territoire de l’actuel Burkina Faso a relevé à un moment de son histoire.
- l’équipement des archives nationales en matériels techniques permettant la bonne conservation du patrimoine ;
- la poursuite de l’inventaire, de la collecte et de la valorisation du patrimoine culturel immatériel ;
- le soutien aux détenteurs du patrimoine culturel et naturel.

19. Le rôle de la société civile, dans l’inventaire, la collecte, la protection et la valorisation du patrimoine culturel et naturel, particulièrement celui des autorités religieuses et coutumières, des anciens, doit être reconnu et mis à contribution dans le cadre de la découverte, de la conservation et de la préservation du patrimoine culturel et naturel.

20. L’Etat veille à la stricte application des textes sur l’importation et l’exportation des biens culturels et le dépôt légal.

21. Compte tenu de l’importance des organisations traditionnelles, l’Etat doit collaborer avec les autorités traditionnelles et les structures traditionnelles de promotion du patrimoine, ainsi qu’avec les structures décentralisées et déconcentrées et autres institutions compétentes afin de les aider à conserver leur identité culturelle positive et d’accroître leur capacité à soutenir le développement communautaire à travers l’éducation de masse.

22. La diffusion et la promotion de la culture burkinabè passent par l’utilisation active des systèmes multimédias. Elles se font aussi à travers les arts du spectacle, les livres, les musées, les bibliothèques publiques, les expositions et les productions d’œuvres d’art et discographiques, les séminaires et ateliers, etc.

23. L’environnement physique et culturel doit être valorisé par la mise en place de parcs à thèmes, la poursuite de l’érection de monuments et de mausolées et une politique d’urbanisation qui s’inspire du patrimoine national.

24. Les architectes, les planificateurs et les dessinateurs de travaux publics ainsi que les ingénieurs en bâtiment, doivent être encouragés à s’inspirer des savoirs et des savoir-faire traditionnels dans la conception des habitations et des infrastructures publiques afin de conserver une identité aux villes et aux villages burkinabè.

25. A travers ses structures compétentes, l’Etat :
- soutient et encourage les pratiques culturelles positives ;
- assure la promotion de l’éducation formelle et non-formelle comme moyens d’ancrage des valeurs culturelles ;
- assure l’existence d’une dimension culturelle dans tous les aspects du développement national ;
- identifie, appuie et valorise les capacités créatives des individus;
- contribue à développer et à promouvoir les langues nationales par la production et la publication d’œuvres littéraires (écrites et orales) et autres documents (audio et audio visuel) qui favorisent la pratique, la maîtrise et la diffusion des langues nationales ;
- réalise des infrastructures de promotion et de valorisation du patrimoine national.

4. Soutien à la création

26. L’Etat favorise et garantit la libre expression des créateurs d’œuvres de l’esprit ( en langues nationales, en langue officielle et en d’autres langues). Tout en veillant au respect des principes moraux et éducatifs les plus élémentaires, l’Etat apporte un appui matériel et financier aux créateurs les plus méritants. Ce soutien se traduit sous forme de récompenses, subventions, prêts ou toutes autres formes d’assistance susceptibles de stimuler la création.

27. Compte tenu de l’importance de la culture et de l’action culturelle pour l’ensemble de la société burkinabé, l’Etat prend toutes les mesures et dispositions nécessaires pour inciter les opérateurs économiques et les collectivités territoriales à soutenir la création ; sont concernées :
- les citoyens ;
- les structures privées de la société civile (opérateurs économiques, entrepreneurs culturels, etc. ) ;
- les collectivités territoriales( régions, communes, etc. ).

5. Education et formation artistique et culturelle

28. L’appropriation des valeurs culturelles positives du Burkina Faso par les Burkinabé, est tributaire de l’éducation des jeunes et des populations en général. Aussi, l’éducation culturelle sera-t-elle poursuivie à travers une stratégie à trois composantes :
- une éducation formelle dans les écoles primaires et secondaires ainsi que dans les universités ;
- une éducation publique non-formelle à travers des ateliers, des conférences, des forums, des publications et des émissions radio et télévisuelles au profit des décideurs, des administrateurs et des populations en général ;
- une formation spécialisée à l’intention des personnes créatives et talentueuses pour produire des artistes, artisans, administrateurs et défenseurs des filières des arts et de la culture.

5.1 L’éducation formelle

29. L’Etat veille à la dimension culturelle de l’enseignement afin d’en faire un moyen d’intégration de l’individu à sa société et à son environnement.

30. L’Etat s’assure que les programmes comportent des éléments culturels qui renforceront la connaissance et l’intérêt des élèves pour la maîtrise des valeurs culturelles et modernes.

31. L’Etat entreprend une révision périodique des programmes scolaires afin de s’assurer qu’ils répondent aux exigences de l’évolution du temps et aux objectifs culturels de la nation entière.

32. L’Etat veille à l’introduction des disciplines artistiques et culturelles dans les différents centres de formation des enseignants du primaire et du secondaire.

33. Les langues burkinabé en tant que vecteur du patrimoine culturel et moyen d’éducation feront l'objet de promotion. Par conséquent, des mesures seront prises par l’Etat pour assurer le développement de la littérature dans les langues nationales et l’enseignement de celles-ci à tous les niveaux de notre système éducatif : primaire, secondaire et supérieur.

5.2 L’éducation non-formelle

34. La participation des populations au processus de préservation et de développement du patrimoine implique que ce patrimoine et nos pratiques culturelles soient bien compris. Dans ce sens, le ministère chargé de la culture collaborera avec les autorités coutumières et religieuses, les anciens, les érudits, les groupes artistiques et les défenseurs de la culture pour mieux diffuser l’information et promouvoir les cultures nationales.

35. le ministère organise en collaboration avec d’autres institutions, des ateliers, des séminaires et des conférences pour approfondir la connaissance et la compréhension de la population.

36. le ministère assure la promotion de l’enseignement et de l’apprentissage des arts dans les centres sociaux et au sein des groupes communautaires comme une activité de loisir.

37. le ministère suscite l’intérêt pour les arts et la culture à travers des publications et des présentations dans les médias, particulièrement à la télévision, à la radio et la presse écrite et par l’organisation d’ateliers et de conférences à l’intention des hommes de médias.

5.3 La formation des artistes et des agents culturels


38. Former les artistes, les agents de l’administration culturelle, les techniciens, les opérateurs et acteurs culturels, constitue un gage d’épanouissement des artistes au Burkina Faso et d'émergence d’œuvres originales. Aussi, une éducation artistique et culturelle spécialisée sera-t-elle promue à travers :
- les écoles spécialisées, les conservatoires et les universités ;
- les centres régionaux, provinciaux et communaux de formation aux métiers de la culture, les ateliers, les écoles d’arts privés, etc.

6. Promotion culturelle

39. La liberté d’expression garantie par la Constitution, le pluralisme des médias, le multilinguisme, l’égalité d’accès aux expressions artistiques, aux savoirs scientifiques et technologiques, à la culture scientifique, la possibilité pour toutes les cultures d’être présentes et de se diffuser, sont indispensables à la diversité culturelle. L’Etat veille à assurer la pérennité de cet équilibre par la promotion culturelle.

40. Les stratégies de promotion sont :
- l’animation culturelle que l’Etat doit assurer ou veiller à faire assurer sur l’étendue de l’espace culturel burkinabé ;
- la diffusion des produits culturels et artistiques;
- le développement des industries culturelles ( arts du spectacle, lettres, cinéma, arts plastiques, productions discographiques etc.).
- le développement du tourisme culturel et de la communication.

41. la promotion culturelle est assurée par :
- l’Etat et ses démembrements ; en particulier le réseau des représentations diplomatiques qui favorise les échanges culturels inter-étatiques pour faire mieux connaître la richesse et la diversité culturelles du Burkina Faso ;
- les collectivités territoriales dont le rôle dans la promotion culturelle est fondamental ;
- chaque citoyen ;
- les structures non-étatiques ;
- les privés ( sponsoring, mécénat, etc. ).

7. Financement de la culture

42. Le financement de la culture est de la responsabilité non exclusive de l’Etat qui s’y engage avec ses structures centrales, déconcentrées, décentralisées et ses partenaires au développement. Des mécanismes de financement appropriés de la culture ( fonds spéciaux, subventions, contributions diverses, etc.) sont mis en place.

43. L’Etat encourage également le secteur privé à participer à cette action avec les formes d’intervention qui lui sont propres (investissements, sponsoring, mécénat, dons, legs, etc.)

44. Par ailleurs, l’Etat prend des initiatives pour promouvoir les échanges inter-associations. Les représentations diplomatiques oeuvrent à mobiliser des ressources financières pour soutenir les actions de l’Etat et les initiatives des collectivités territoriales.

45. L’Etat encourage le partenariat qui permet une meilleure prise en charge des activités des promoteurs culturels ou autres activités du secteur culturel génératrices d’emplois, de richesses et de revenus.

8. Environnement juridique

46. L’Etat doit créer un environnement juridique favorable au développement continu d’une vie culturelle nationale dynamique et compétitive sur le plan national et international notamment à travers ses institutions et instruments spécialisés.

47. Les textes juridiques ont trait notamment:
- aux statuts de l’artiste ;
- à l’élaboration et à la mise en place de politiques culturelles sectorielles ;
- à la protection des atouts et des droits des communautés et des populations ;
- à l’importation et à la consommation des œuvres de l’esprit ;
- à la protection des œuvres et des créateurs;

9. Recherche

48. La recherche est une nécessité dans le cadre d’un développement culturel durable. Elle requiert une attention particulière de l’Etat et de ses partenaires. Cette recherche culturelle et pluridisciplinaire valorise les acquis en prenant appui, d’une part sur les savoirs et les savoir-faire traditionnels et d’autre part sur les sciences et les technologies nouvelles.

49. En matière de recherche, les priorités sont:
- la valorisation des recherches existantes par leur publication, édition et diffusion ;
- l’inventaire et l’analyse des pratiques traditionnelles et coutumières du Burkina Faso;
- les questions liées aux chocs des cultures dans un environnement multiculturel ;
- la préservation des réalités culturelles menacées de disparition.

10. Langues nationales

50. Les langues nationales sont capitales comme outils privilégiés dans la connaissance, la préservation et la transmission de la culture au sein des sociétés burkinabé. Elles doivent occuper une place prépondérante dans la politique culturelle du Burkina Faso.

51. L’Etat prend les dispositions pour leur étude, leur transcription et leur enseignement à tous les niveaux de notre système éducatif et dans la vie publique.

11. Coopération culturelle

52. L’Etat favorise et suscite au plan national l’établissement de relations fructueuses entre le secteur de la culture et les autres secteurs de l’économie nationale pour permettre à la culture de jouer pleinement son rôle dans le développement humain durable du Burkina Faso.

53. L’Etat fournit des informations et des données culturelles pour la planification des programmes de développement.

54. L’Etat stimule les activités culturelles en collaboration avec les autorités coutumières et religieuses, les collectivités territoriales, les organisations professionnelles de la culture et la société civile. L’Etat favorise la coopération inter-ethnique et veille à la défense et à la promotion de l’espace culturel burkinabé.

55. L’Etat favorise les initiatives, les échanges inter-ethniques et privés.

56. L’Etat veille à la promotion du patrimoine national et à la protection de l’espace culturel burkinabé de l’agression des produits culturels extérieurs.

57. L’Etat recherche et renforce la coopération culturelle avec tout pays dans un esprit de respect mutuel.

58. L’Etat veille, sur le plan culturel, au respect et à la sauvegarde des engagements et accords signés dans le cadre de l’UEMOA, la CEDEAO, l’Union africaine, la Francophonie, l’Union européenne, les Nations Unies, et toute organisation de coopération culturelle.

CONCLUSION

La définition d’une politique culturelle nationale est du devoir régalien de l’Etat. Elle exige la prise en compte des résultats d’études techniques et la concertation avec les acteurs concernés.

L’exécution de la politique culturelle nécessite l’élaboration et l’adoption de plans d’actions stratégiques définissant les priorités sectorielles et mobilisant toutes les capacités organisationnelles privées et institutionnelles pour faire de la culture un des moyens de promotion du développement humain durable.

La politique culturelle ainsi définie, offre la garantie aux détenteurs et garants du patrimoine culturel, aux artistes et aux partenaires sociaux de la culture des orientations relatives au cadre juridique, aux moyens de soutien et de financement de la culture, à la promotion et à la jouissance des biens et services culturels dans l’affirmation et l’acceptation d’une pluralité culturelle nationale et internationale. Elle requiert l’adhésion de tous.

La politique culturelle du Burkina Faso qui s’inscrit dans le cadre général de la Constitution, s’attache au respect des droits et des libertés fondamentales de l’homme. Elle est en adéquation avec les différents instruments juridiques régionaux, internationaux et universels ratifiés par le Burkina Faso notamment ceux de l’UNESCO, de l’UEMOA, de l’Union africaine, de la CEDEAO, etc.

L’Etat burkinabè s’assure de son adoption et de sa mise en œuvre par ses institutions concernées. Il engage sa responsabilité dans son exécution à travers le ministère chargé de la culture afin de permettre à la culture de contribuer efficacement au développement humain durable du Burkina Faso.