DOSSIER : Bobo-Dioulasso Une légende, mille histoires

La Cité qui accueille depuis 1990 les éditions de la Semaine nationale de la culture (SNC) a une histoire séculaire. De nom « Kibidoué », cette bourgade créée en 1850 par les Bobos est devenue au fil des années la plaque tournante de la culture burkinabè et un carrefour de la diversité africaine. La ville de Sya jadis appelée «  Kibidoué » ou village situé au pied de l’arbre aurait été créée par les agriculteurs bobos venus du Mandé, vers 1850. En langue bobo, « Sya » incarne la paix et le bonheur. Très tôt, cette bourgade connaît un essor réel grâce à sa situation géographique de carrefour des grands axes commerciaux de la côte atlantique au Maghreb.

Ce qui lui confère même avant le XIIème siècle, un caractère cosmopolite, mais toujours collée à ses valeurs traditionnelles. Il a fallu attendre le XIIIè siècle pour que Sya soit au contact de l’Islam importé par les marchands arabes. Bobo-Dioulasso, de part sa diversité culturelle, ses sites naturels et ses traditions séculaires, devient forcément l’objet de fascination des touristes et de curiosité du visiteur. Parmi les sites attractifs, on peut citer la « vieille ville » Dioulassoba et la maison mère « Konsa », la mosquée construite en 1890 par l’almamy Sakidi Sanou. Elle se caractérise par ses contre-forts et ses poutres en troncs de rôniers. Le visiteur peut également découvrir les premières maisons à niveau de la ville construites uniquement en banco. A cela, on peut aussi ajouter le marché de poterie, le mausolée Guimbi Ouattara, la place Tiéfo Amoro et bien d’autres sites. Le potentiel culturel de la ville s’exprime surtout à travers la Semaine nationale de la culture qu’elle abrite tous les deux ans depuis 1990, le festival Yelen, celui de la Rue et la fête du « Chitoumou ». De nombreuses vedettes de la chanson traditionnelle et des troupes de théâtre font la fierté de la ville tant à l’intérieur du pays que sur le plan international.

Depuis le XVè siècle, Bobo-Dioulasso s’est forgée une vocation commerciale. Un important trafic s’est imposé faisant de cette cité, un centre de transit pour les produits venus des pays côtiers. Cette vocation commerciale de Sya a suscité les convoitises des chefs charismatiques de la fin du XIXè siècle. Ainsi lorsque le capitaine Caudrelier occupe Bobo-Dioulasso le 25 septembre 1897, le gouverneur du Soudan, le colonel Trentinian s’était engagé à en faire une ville prospère catalyseur de développement de toute la région. Le dynamisme des échanges commerciaux qu’entretenaient les populations entre elles ont favorisé l’implantation de nombreuses compagnies étrangères. Si bien que dans les années 60 déjà, on y dénombrait environ 200 maisons de commerce dont certaines tranchent par leur célébrité. Le développement industriel de la ville aussi a été rendu possible grâce au potentiel agricole de la région et le poids des produits de rentes (arachide, karité et coton) et l’existence d’une infrastructure de transport moins onéreuse (chemin de fer). Du point de vue administratif, Bobo-Dioulasso peut se targuer d’abriter la première commune mixte de premier degré en 1927.

L’érection de Bobo-Dioulasso en commune mixte

Cette étape ne peut se comprendre qu’à travers la réorganisation administrative de l’après guerre mondiale et de la politique de mise en valeur des colonies qu’elle impliquait. Dans son rapport proposant au gouverneur général l’érection de Bobo-Dioulasso en commune mixte, le Conseil du gouvernement de la Haute-Volta a tenu compte de certains paramètres. Il affirme en effet que « Bobo-Dioulasso jadis, très active et qui après une période de torpeur consécutive à la dépréciation de nos caoutchoucs, reprend et dépasse son ancienne prospérité ». L’économie ne se repose plus seulement comme autrefois sur l’exportation du latex mais sur un ensemble de ressources à fort rendement parmi lesquels le karité et le coton. Les missionnaires Pères blancs chargés de l’évangélisation de la Haute-Volta vont s’appuyer à leur tour sur l’essor économique de Bobo-Dioulasso pour proposer son érection en circonscription ecclésiastique. Par la suite et au regard de son importance stratégique, la ville fut érigée le 4 décembre 1926 en commune mixte de premier degré pour compter du 1er janvier 1927. Selon divers témoins, ce projet « étranger » a éloigné les « indigènes » de leur participation aux actions de développement. Ceux-ci trouvent en effet que la commune « Kobi » est une affaire de l’administration et des Européens qui vont « les forcer à la construire ». C’est dans un tel contexte, que l’administration communale s’est efforcée de faire de Bobo, un carrefour culturel et économique. Au plan social, les investissements de la commune sont appuyés par l’action des missionnaires Pères Blancs surtout dans le domaine de la santé et de l’éducation. L’aménagement et l’embellissement se poursuivent durant la deuxième guerre mondiale.

L’ère des conseils municipaux

Les premières élections municipales dates de novembre 1956 et font suite à une nécessité pour l’Union française née en 1946 de faire participer les Africains à la gestion des affaires de leurs communes. A Bobo-Dioulasso l’administrateur-maire Max Accart, découpe l’ensemble de la ville en 12 secteurs qui auront chacun à élire des représentants. A ses premières élections, Tiémounou Vinama François Djibril est élu premier maire de Bobo-Dioulasso.

De 1965 à 1995, le régime en vigueur sera celui de la délégation spéciale. Le 12 mai 1993, Bobo-Dioulasso est érigé en commune de plein exercice doté d’un statut particulier. Avec trois arrondissements : Dafra, Dô et Konsa. A partir de 1995, et à la faveur du processus de décentralisation engagé au Burkina. Bobo-Dioulasso est érigé en commune de plein exercice dirigée par un conseil municipal élu dont la présidence est assurée par le Docteur Alfred sanou. Il a eu pour successeur Célestin Koussoubé élu en 2000. Depuis les élections municipales de 2006, Salia Sanou est élu de la commune.

Frédéric OUEDRAOGO

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Source : Bruno D. SANOU ;

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